Partager l'article ! David Vann Désolations: ...
"On peut juger de la beauté d'un livre à la vigueur des coups de poing qu'il vous a donnés et à la longueur de temps qu'on met à s'en remettre."
Gustave Flaubert
Désolations, ou les illusions perdues.
"Trente ans plus tôt, cet endroit était vierge. Lui était plus jeune, son rêve encore frais, encore réalisable. L'air était plus clair, les montagnes se dessinaient plus nettement sur le ciel, la forêt était plus vivante.Quelque chose dans ce goût-là. Un sens aigu du monde qui se dissipait avec le temps. On nous offre un cadeau, mais il est fragile, éphémère. A présent, ce lieu se rapprochait davantage d'une idée, il était creux, manquait de substance. Réduit à un nuage de moustiques, à un vieux corps fatigué, à un air ordinaire."
Voici donc le deuxième roman tant attendu de David Vann, et et ce virage périlleux dans la vie d'un jeune auteur a été négocié avec brio. Après le succès, mérité, de Sukkwan Island, il fallait conserver les premiers lecteurs, mais aussi conquérir de nouveaux coeurs...Le pari est réussi: si, comme moi, vous avez aimé Sukkwan Island, vous serez une nouvelle fois sous le charme vénéneux de Vann, et si vous n'avez pas aimé , il se pourrait quand même que vous appréciez Désolations. Car contrairement à ce que la trame pourrait laisser penser - la construction d'une cabane sur un îlot en Alaska, et la lente destruction d'un amour - , Vann n'a pas réécrit le même livre...Il a simplement transposé ses obsessions dans une histoire différente. Et en effet, une fois de plus, il est bienvenu d'avoir en tête la biographie si particulière de ce jeune auteur: son père s'est suicidé à quarante ans alors que son fils n'en avait que treize. Un mois avant le drame, il demande au jeune garçon de partir avec lui sur une île, et David refuse.
Vann convoque à nouveau ce drame terrible , et sans doute n'aura-t-il pas assez d'une vie entière d'homme et d'écrivain pour s'y confronter, mais cette fois, il s'attache à disséquer la relation de couple. Et ce n'est pas une sinécure, c'est le moins qu'on puisse dire! Nous voici donc sur les terres désolées des illusions perdues, et sur la mer implacable de l'amour qui s'en va: il n'y a rien à faire, aucun porte de sortie, il va falloir souffrir avec des personnages qui nous ressemblent trop pour que nous ne soyons pas profondément touchés...Peut-être faut-il avoir vécu quelques années pour comprendre à quel point la tragédie que nous lisons pourrait bien être la nôtre, ou celle de nos frères humains.
De quoi est-il question exactement? Trois couples, trois générations, trois faillites...Et une tragédie courue d'avance, que le lecteur suit, avec effarement, car il sait bien, dès les premières lignes (que je ne vous dévoile pas) , que non, il n'y aura pas de fin heureuse. Tout le talent de Vann repose dans ce paradoxe: on n'est pas là pour rigoler, et pourtant on passe un formidable moment, on est ferré, pris dans le piège, et on en ressort lessivé et laminé, mais pas désespéré pour autant, car pour ma part, je me plais à penser que Rhoda, la fille de Gary et Irène, suivra un chemin différent, comme le laissent présager les dernières lignes: "Un lieu d'insouciance, un jour dont elle avait rêvé toute sa vie, le commencement, enfin."
Tout au long du livre, comme dans Sukkwan Island, une nature hostile et souveraine s'emploie à ridiculiser l'incroyable suffisance des hommes: ils ne sortiront pas vainqueurs de ce combat titanesque: "Ce qui se passait ici, personne ne le savait.Quelque chose de si tentant dans la notion de nature sauvage, quelque chose d'attirant et de facile, mais la vérité voulait pourtant que de tels espaces grandissent à la seconde où vous y pénétriez.Durs et glaciaux et impitoyables."
Un roman définitivement noir, que vous ne relâcherez plus une fois ouvert.
Je vous invite à aller lire le compte-rendu que Richard, du blog Polar, noir et blanc a fait d'une récente rencontre avec l'auteur, où il nous apporte un éclairage très intéressant et des informations inédites sur l'oeuvre et son auteur.
challenge
5/7
"Prenez tout très au sérieux, à l'exception de vous-même." Rudyard Kipling
Je vis en France, en Lorraine, j'aime les arts en général et la littérature en particulier.Je m'intéresse aussi beaucoup à l'actualité sous toutes ses formes.Bref, je suis curieuse de tout!
Mon maître-mot:l'éclectisme.Mes deux volontés:la tolérance et le respect de l'autre. N'hésitez pas à poster un avis contraire au mien, il apportera un éclairage différent à mes visiteurs.
Je ne dispose pas toujours du temps nécessaire pour mener ce blog aussi bien que je le voudrais, je ne lis qu'un livre à la fois, et comme j'ai une vie à côté, mes chroniques seront sans doute moins nombreuses que je le souhaiterais dans l'idéal!
Alors bienvenue et n'hésitez pas à poster vos commentaires et suggestions!
Références photo bannière: Loretta Lux The waiting girl 2006
Pour recevoir directement mes articles dans votre boîte mail, inscrivez-vous ici:
COUPS DE FOUDRE
Romain Gary La promesse de l'aube
Delphine de Vigan Rien ne s'oppose à la nuit
Haruki Murakami Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
COUPS DE COEUR
Fouad Laroui Une année chez les français
Haruki Murakami Kafka sur le rivage
Audur Ava Ólafsdóttir Rosa Candida
Henning Mankell Les chiens de Riga Article Florilège d'été
Morgan Sportès Tout, tout de suite
Sylvain Meunier Les mémoires d'un oeuf
A/D
Françoise Bourdin Article Florilège d'été
F/L
Jean Ferrat
Romain Gary
José Maria de Hérédia
Laura Kasischke
M/V
Henning Mankell Article Florilège d'été
Haruki Murakami Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil
Haruki Murakami Kafka sur le rivage
Monique Neubourg Article Florilège d'été
Dominique Sylvain Article Florilège d'été
Christos Tsiolkas Artticle Florilège d'été
Derniers Commentaires